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Aspartame
Des tickets de magasin, nous en manipulons tous des centaines par an.  Mais qui aurait pensé qu’ils recelaient notre histoire, nos humeurs, nos envies, nos joies et nos tristesses.
Des tomates, de la mozzarella, du basilic et du vin rosé, une envie de printemps et de soleil ?
Des yoghourts 0% de matières grasses, du pain complet, du jambon maigre, des fraises et de l’aspartame, avec au dos du ticket Objectif 58 … un régime en vue ?
Maria achète, Maria consomme, Maria débourse sans compter, Maria compense ses frustrations par une boulimie dépensière.  Elle court de promos en soldes, de liquidation en fin de stocks.
Mais quelles sont-elles ces frustrations, ces problèmes, ces espoirs, ces déceptions ?
Petit à petit, un univers étroit, tristounet, fait d’apparences et de faux-semblants va apparaître.
Pieux mensonges, blessures tenues secrètes, aspirations refoulées, Maria cache le tout sous l’apparence du tonus et d’une force extérieure tranquille.
L’intérieur est plutôt raté, détruit, noir, pessimiste, désespéré.
Selon votre sensibilité, vous prendrez en pleines gencives ce portrait d’une vie moderne pas toujours très gaie, faite de plus en plus souvent de combats, de lutte contre les moulins à vents de la vie déréglée d’aujourd’hui.
Vous trouverez aussi énormément d’humour noir à cette pièce très axée consommation.
Nous sommes des consommateurs, mais ne sommes-nous pas aussi des objets de consommation ?  Des petites choses, datées, périmées, offertes, jetées, considérées comme usées, bonnes à remplacer, des surplus de stocks américains, des rebuts de brocante, des laissés pour compte ?
Eric Durnez a écrit un texte satirique très noir, mais a surtout su trouver des mots de tous les jours, des mots simples pour traduire les affres du quotidien.
Il se sert de la consommation et de ses dérives pour nous offrir un texte truffé de jeux de mots, de termes ironiquement savoureux. 
La mise en scène de Catherine Brutout offre aux deux comédiennes Valérie Coton et             Peggy Thomas, une superbe occasion de se placer à la devanture, de se montrer, de s’offrir au public dans des rôles d’apparence simple, mais d’une profondeur complexe, tant ils sont chargés de sentiments refoulés et de non-dits.

Une superbe réalisation pour un petit morceau d’Aspartame, doux et amer à la fois, glissé dans un emballage d’humour noir et corsé.  Une friandise aigre-douce à savourer avec délectation et sans modération.

Spectacle vu le 07-11-2006
Lieu : Théâtre du Méridien - Salle Nord

Une critique signée Muriel Hublet

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